Petite histoire de France de Jacques Bainville - Les guerres de religion

 

Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) par Francois Dubois

 

 

Jean Calvin (1509 - 1564)Jusqu’alors il n’y avait eu qu’une seule religion. Ce fut une grande nouveauté lorsque des Français devinrent protestants à la suite de Calvin, d’où le nom de calvinistes. On n’y fit pas grande attention d’abord. Mais bientôt, entre catholiques et protestants ou, comme on disait, huguenots, il y eut de grandes querelles, si violentes, qu’à la fin la France fut partagée en deux camps qui se firent la guerre, et il coula des flots de sang.

Le chef des catholiques était le duc de Guise, celui qui avait sauvé Metz et délivré Calais. Le chef des protestants était l’amiral Coligny, qui avait défendu Saint-Quentin contre les impériaux.

François de Lorraine - Duc de Guise (1519 - 1563)Les fils de Henri II, qui régnèrent l’un après l’autre, n’étaient presque rien auprès de ces deux hommes, dont chacun avait presque la moitié de la France derrière lui. Ces trois rois, tous jeunes et faibles, avaient autant à craindre de Guise que de Coligny, et ils redoutaient autant la victoire de l’un que celle de l’autre.

François II n’a guère laissé d’autre souvenir que celui d’avoir eu pour épouse Marie Stuart, célèbre pour sa beauté. Devenue veuve, et repartant pour son pays, l’Ecosse, elle resta longtemps au bord de son vaisseau à regarder le rivage qui s’éloignait en répétant :

« Adieu chère France ! je ne te reverrai jamais. »

Plus tard elle devait être condamnée à mort par sa cousine, la cruelle Elisabeth, reine d’Angleterre.

Catherine de Médicis (1519 - 1589)Le frère de François II, qui lui succéda, s’appelait Charles IX. Comme il n’était pas majeur, sa mère Catherine de Médicis, prit la régence et elle essaya, comme elle put, de tenir la balance égale entre les catholiques et les protestants. Mais les deux partis étaient trop enragés l’un contre l’autre, et chacun se plaignait comme d’une injure de ce qu’on accordait à son rival. Ils se mirent bientôt à se battre sans qu’il fût possible de dire qui avait commencé.

Un jour, le duc de Guise fut tué d’un coup d’arquebuse par un protestant fanatique. Ce crime engendra ce que les Corses appellent une vendetta, c'est-à-dire une série de vengeances qui allumaient des haines sans fin.

Charles IX, devenu majeur, se trouva donc bien embarrassé. Il n’avait pas d’antipathie pour les protestants, car sa nourrice avait même été huguenote. Il les favorisa plutôt, et il y en avait un grand nombre à sa cour, ce qui irrita fort les catholiques, que commandait Henri de Guise, le Balafré, fils de celui qui avait été assassiné.

Amiral Gaspard II de Coligny (1519 - 1572)Ils intimidèrent le roi au point de le décider à profiter de la présence à Paris de tant de protestants pour les massacrer tous. C’est ce qui eut lieu dans la terrible nuit de la Saint-Barthélemy, où il en fut égorgé plus de deux mille, leur maison ayant été d’avance marquée d’une croix blanche. L’amiral de Coligny fut frappé l’un des premiers. Il fut tué dès que le tocsin sonna, et son corps jeté par la fenêtre aux pieds du duc de Guise.

Charles IX mourut deux ans plus tard, rongé, dit-on, par le remords que lui avait laissé la nuit sanglante de la Saint-Barthélemy.

Et il avait encore un frère qui fut Henri III. Cependant Henri III n’avait pas d’enfant et ne devait pas en avoir. A qui, après lui, passerait la couronne ? A un cousin éloigné, descendant de Saint Louis, Henri de Navarre, le futur Henri IV. Mais ce prince était protestant. A l’idée qu’un prince protestant pût devenir roi de France, les catholiques formèrent une Ligue, dont le duc de Guise fut le chef, et qui ne devait pas désarmer tant que Henri IV ne se serait pas converti à la religion catholique.

Henri III poussant du pied le cadavre du duc de GuiseCependant Henri III ne céda pas et continua à soutenir que, selon la loi salique, toujours suivie dans le royaume, son héritier devait être son plus proche parent, son cousin Henri de Bourbon. Alors commença une autre guerre civile, celle de la Ligue catholique contre le roi de France, qui fut chassé de Paris après la Journée des Barricades. Henri III, voyant que le Duc de Guise devenait plus puissant que lui, résolut à le faire tuer. « Il n’oserait », dit Guise, qui se croyait au-dessus de toute atteinte. Pourtant il tomba, au château de Blois, percé de coups de poignards. Le Roi de France avait fait tuer le « roi de Paris ».

Assassinat de Henri III par le moine Jacques Clément« Ce n’est pas tout de tailler, mon fils, il faut recoudre », dit alors Catherine de Médicis. Et elle avait raison, car la Ligue fut plus que jamais ennemie de Henri III, au point de vouloir nommer un autre roi à sa place. Accompagné du roi de Navarre, il assiégea Paris. Il était à Saint-Cloud la veille du jour où il devait donner l’assaut, lorsque qu’un moine ligueur, Jacques Clément, parvint jusqu’à lui et le poignarda. Le dernier des Valois avait disparu.

En mourant, Henri III dit encore que, protestant ou non, son seul et véritable héritier était le roi de Navarre, Henri IV.

 

 

Les guerres de religion