Petite histoire de France de Jacques Bainville - La régence

 

La régence - Philippe d'Orléans et Louis XV

 

 

 

Portrait du duc Philippe d'OrleansLe duc d’Orléans gouverna, en attendant que le jeune roi fût majeur. Et le Régent s’appliqua surtout à conserver la paix. C’est pourquoi, l’Angleterre ayant été notre principale ennemie, il s’allia avec elle, ce qu’on reprocha beaucoup à son ministre Dubois. D’ailleurs, il ne se serait rien passé de particulier sous la Régence sans un étrange personnage, l’Écossais Law (dont le nom doit se prononcer Lo), et qui a tellement frappé les Français de ce temps-là, que son souvenir n’est pas encore oublié.

John Law par Casimir BalthazarComme il est facile de le comprendre, les guerres que Louis XIV avait soutenues avaient coûté fort cher. L’État était très pauvre. Un moment la détresse avait été telle, même à la cour, que le grand roi avait donné l’exemple de faire fondre ses plats et ses couverts d’argent. Lorsque le Régent arriva, les finances étaient encore très mal en point, exactement comme après la guerre de 1914. On ne savait plus à quel saint se vouer pour trouver des ressources, lorsqu’un banquier d’Écosse se présenta.

Il possédait, disait-il, un secret merveilleux. Au lieu de frapper des monnaies d’or et d’argent, il suffisait d’imprimer des billets de banque. Et il se vantait d’enrichir la France comme par une recette magique avec ce papier sur lequel des chiffres seraient inscrits.

Tout le monde voulut avoir de ce papier merveilleux. Et, en effet, ceux qui en avaient devinrent riches. Des fortunes énormes s’élevaient en quelques jours. On jouait fiévreusement à la Bourse d’alors, qui se trouvait rue Quincampoix. Et l’on citait un petit bossu qui avait gagné des sommes énormes rien qu’à prêter son dos pour servir de pupitre pour écrire.

La banqueroute de Law par Antoine Humblot - Rue Quincampoix en l'année 1720 (source BnF)Cependant un jour vint où quelques-uns de ceux qui avaient le plus gagné se dirent que le moment était venu d’échanger ce papier contre quelque chose de plus solide, des louis d’or, par exemple. Et l’on s’aperçut alors que les billets de Law n’étaient qu’une illusion. Tout le monde voulut s’en débarrasser et les vendre. Et ceux qui arrivèrent trop tard perdirent tout et furent ruinés.

L’Ecossais Law lui-même dut quitter la France plus pauvre qu’il n’y était venu. Et depuis, quand on parle des gens qui croient qu’on peut faire de la richesse rien qu’avec du papier et en imprimant des billets, on dit : « ils ont donc oublié l’expérience du système de Law ! »

Pendant longtemps les Français ne l’oublièrent pas, et ils ne voulurent plus être payés qu’en bonnes espèces d’or et d’argent.

 

Source de la BNF