Petite histoire de France de Jacques Bainville - La guerre de cent ans

 

Bataille de Crécy - 26 août 1346

 

 

 

Philippe VI de Valois par Robert FleuryDepuis Hugues Capet, tous nos rois s’étaient succédé de père en fils. La règle était que les femmes ne régneraient pas, d’après une loi nommée la loi salique. Et quand le roi n’avait pas de fils, la couronne devait passer au plus proche de ses parents.

Ainsi, à la mort de Charles le Bel, son cousin Philippe de Valois fut désigné comme roi. Et les Français le reconnurent comme leur souverain légitime. Mais le roi d’Angleterre, Edouard III, prétendit que la couronne devait lui revenir, parce que sa mère était la fille de Philippe le Bel.

A la vérité, les Anglais trouvaient notre pays plus beau que le leur, et ils voulaient s’en emparer. De là une guerre qui dura cent ans.

Bientôt Edouard entra en France avec une armée bien équipée et qui amenait même avec elle de petits canons, chose qu’on ne connaissait pas encore. Quant aux chevaliers français, ils avaient toujours la même manière de combattre qu’avant et ils ne savaient qu’une chose, qui était de charger l’ennemi. A la bataille de Crécy, ils avancèrent comme à leur ordinaire ; mais les canons des Anglais effrayèrent les chevaux, le désordre se mit dans les rangs et ce fut un grand désastre, malgré la bravoure des nôtres et de notre allié le roi de Bohême, qui, aveugle, se fit conduire au plus fort de la mêlée.

Après sa victoire, Edouard alla assiéger Calais, qui lui était commode pour communiquer avec son île. Lorsque les habitants furent affamés, ils décidèrent de se rendre. Mais le roi d’Angleterre exigea que les clefs de la ville lui fussent apportées par six bourgeois de la ville, pieds nus, en chemise et la corde au cou.

Bourgeois de CalaisLes habitants de Calais furent bien effrayés et se regardaient en se demandant lesquels seraient choisis. Alors le plus riche d’entre eux, qui s’appelait Eustache de Saint-Pierre, s’offrit le premier, et cinq autres le suivirent volontairement. Et quand ils furent, en chemise comme il était dit, devant le roi Edouard, celui-ci, qui était très cruel, ordonna que la tête leur fût coupée. Mais la reine, qui avait bon cœur, supplia qu’on leur laissa la vie sauve, puisqu’ils avaient été si généreux de venir eux-mêmes, ce qui lui fut accordé.

Voilà que la France était envahie par les Anglais, et les malheurs n’étaient pas près de finir. Philippe de Valois étant mort, son fils Jean le Bon fut de nouveau attaqué par le prince de Galles, qu’on appelait le prince Noir. Jean le Bon brûlait de venger la défaite de Crécy. Il rencontra les Anglais  à Poitiers ; mais les Français n’avaient rien appris depuis leur désastre. Ils se battirent encore avec tant d’imprudence, que le roi lui-même fut entouré par l’ennemi.

La hache à la main, Jean le Bon abattait autant d’Anglais qu’il pouvait, mais il en venait toujours. Son plus jeune fils, qui était un petit garçon, se tenait à côté de lui et lui criait sans cesse : « Père, gardez-vous à droite ; père, gardez-vous à gauche. » A la fin, le roi Jean dut se rendre, et il fut emmené prisonnier à Londres.

La fleur de la chevalerie était fauchée. Il n’y avait plus d’armée. Il n’y avait plus de roi. Ce fut une grande douleur et un grand trouble en France. Un méchant homme, Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, voulut profiter de la jeunesse du dauphin Charles pour faire une révolution.

Le dauphin : c’était le titre que portait le fils aîné du roi de France depuis que Philippe de Valois avait réuni le Dauphiné au royaume.

Le prévôt des marchands Etienne Marcel et le dauphin Charles par Lucien MélingueDonc, le dauphin Charles n’avait que vingt ans quand il dut remplacer son père prisonnier des Anglais. Et comme les Parisiens surtout étaient très mécontents de la défaite de Poitiers, Etienne Marcel n’eut pas de peine à les exciter contre le gouvernement. Un jour, ayant pris les armes, ils entrèrent dans l’hôtel du dauphin, le prévôt des marchands à leur tête, et ils égorgèrent deux ministres sous les yeux du dauphin, si près de lui que ses vêtements furent tâchés de sang. Ensuite Etienne Marcel l’obligea à mettre à son chapeau les couleurs de Paris qui étaient le rouge et le bleu.

Nous reverrons des choses tout à fait pareilles pendant la Révolution, celle de 1789.

Ce pendant le dauphin Charles n’oublia pas la leçon. Ayant quitté Paris, il rassembla autour de lui tout ce qu’il y avait de braves gens, tandis qu’Etienne Marcel s’alliait avec un prince si méchant, qu’on l’appelait Charles le Mauvais. Celui-ci aussi aurait voulu être roi de France. Le prévôt des marchands était devenu son complice, lorsque les Parisiens découvrirent sa trahison. Quelques-uns d’entre eux, conduits par Jean Maillard, le tuèrent au moment où il s’apprêtait à ouvrir les portes de Paris à Charles le Mauvais.

Ce fut le dauphin Charles qui entra. Et il ne tarda pas à devenir le vrai roi, Jean le Bon étant mort.

Charles V fut surnommé le Sage, non seulement parce qu’il était en effet sage et prudent, mais aussi parce qu’il était savant et qu’il lisait beaucoup de livres. Il avait vu comment la chevalerie française s’était fait écraser à Crécy et à Poitiers par sa folle bravoure, tandis que les Anglais étaient victorieux à cause de leurs bonnes armes et de leur discipline. Aussi entreprit-il de les chasser de France après avoir rétabli l’ordre, instruit des soldats et construit des vaisseaux.

Bataille de Cocherel - 16 mai 1364 - Jean de Grailly se rend à Bertrand du Guesclin par Charles-Philippe LariviereIl fut aidé par un grand capitaine, le Breton Bertrand du Guesclin. Il y avait en ce temps-là des aventuriers qui, ne cherchant que plaies et bosses, allaient partout, pillant et tuant : c’étaient les « grandes compagnies » et elle répandaient la terreur. Du Guesclin se mit à leur tête et les emmena guerroyer en Espagne pour en débarrasser le pays. Ensuite il revint en France et se mit à combattre les Anglais, si rudement et avec tant d’habileté, se gardant de leur offrir la bataille quand ils étaient les plus forts, tombant sur eux dès qu’ils étaient isolés, qu’en peu de temps il les eut presque chassés de France.  Quand Charles le Sage mourut, le roi d’Angleterre n’avait plus que Bordeaux, Cherbourg et Calais.

Charles le Sage, pendant tout ce temps, au lieu de s’exposer à être fait prisonnier comme son père, restait dans son château de Vincennes, car il était faible et chétif de corps mais vigoureux par l’esprit. Entouré d’hommes savants comme lui, il travaillait à bien administrer son royaume et à le rendre riche et prospère afin qu’il fût fort, tandis que Bertrand du Guesclin, Olivier de Clisson et les bons capitaines couraient sus aux Anglais. C’est un des plus grands rois que la France ait eus. Et s’il n’était pas mort tôt, les malheurs qui suivirent ne nous fussent pas arrivés.

 

 

 

La guerre de cent ans - durée 116 ans - De 1337 à 1453