Petite Histoire de France de Jacques Bainville - Henri IV

Henri IV - Roi de France de 1589 à 1610

 

 

Portrait équestre de Henri IVHenri de Bourbon était bien roi, mais toute une partie de la France ne le reconnaissait pas et se fût fait hacher plutôt que d’accepter un roi protestant. Il fallut donc que Henri IV conquît son trône, et il fut dans la cruelle nécessité de commencer son règne en faisant la guerre à des Français.

Heureusement, il avait deux qualités qui ont toujours plu à la France : le courage et la bonne humeur. C’est ce qui l’a rendu le plus populaire de nos rois, alors qu’au commencement on ne voulait pas de lui.

Les gens de la Ligue comptaient bien le battre, car c’est à peine si, à ce moment, un Français sur six était pour le roi, et ses troupes n’étaient pas bien nombreuses. Mais il les réconfortait par sa vaillance, et, même dans les pires circonstances, il avait le mot pour rire. Après la victoire d’Arques, il écrivait à son ami Crillon : « Pends-toi, brave Crillon. Nous nous sommes battus et tu n’y étais pas. » À Ivry, il se trouva devant une armée de ligueurs plus nombreuse et mieux équipée que la sienne. Alors il dit à ses soldats : « Gardez bien vos rangs. Et si vous perdez enseignes, cornettes ou guidons, ce panache blanc que vous voyez en mon armet vous en servira, tant que j’aurai goutte de sang. Suivez-le. Si vous le voyez reculer, je vous permets de fuir. » Et la victoire fut encore à Henri IV.

Henri IV faisant entrer des vivres dans Paris. Assiégeant paris en 1590 Henri IV décide contre l'avis de ses généraux de ravitailler la ville affaméeAlors il alla, comme Henri III, assiéger Paris, où les ligueurs étaient plus furieux que jamais et résistèrent comme des forcenés, quoique bientôt ils n’eussent plus rien à manger. Compatissant, Henri IV laissait parfois passer des vivres pour les Parisiens, car il ne leur en voulait pas. Il savait aussi que les partisans de la Ligue étaient divisés et que les uns voulaient mettre sur le trône un étranger, l’Espagnol Philippe II, ce que les autres repoussaient avec horreur.

Mais l’entêtement de Paris prouvait à Henri IV qu’il ne pourrait être vraiment roi de France tant qu’il serait protestant. Il comprit que presque tous les catholiques, fatigués de la guerre civile, se rallieraient à son panache blanc s’il abjurait la religion réformée. C’est ce qu’il se décida à faire, et l’on raconte qu’il prononça alors le mot fameux : « Paris vaut bien une messe. » S’il ne l’a pas dit, le subtil Béarnais était bien capable de le penser.

Une fois qu’il fut devenu catholique, Paris ne tarda pas à lui ouvrir ses portes, et l’on cria sur son passage : « Vive la paix ! Vive le roi ! » Alors il fut vraiment le roi et il donna la paix.

Statue de Sully au château de PauStatue de Henri IV au château de PauIl y avait beaucoup à faire dans le royaume. De longues années de guerre civile avaient tout dévasté. On était pauvre, et le roi lui-même disait que ses pourpoints étaient percés au coude. Henri IV voulut que la France redevînt riche et dit qu’il ne serait content que quand tout le monde pourrait mettre la poule au pot tous les dimanches. Il y travailla avec son ministre Sully, celui qui disait que labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France. Et bientôt, en effet, la France redevint si riche, qu’on n’eût pas dit que naguère elle était couverte de ruines.

Il restait aussi à réconcilier les catholiques et les protestants, ou du moins à les faire vivre en paix les uns à côté des autres. C’est ce qu’il obtint par l’Edit de Nantes. Aucun des deux partis n’en fut d’ailleurs tout à fait content, mais ils évitèrent de se battre.

La France fut reconnaissante à Henri IV de lui avoir rendu la tranquillité et la prospérité. Elle a retenu ses bons mots et son juron familier, qui était : « Ventre-saint-gris ! » elle n’a jamais oublié ce « roi vaillant », qui comme dit la chanson, eut « le triple talent, de boire et de se battre, et d’être un vert-galant ».

Il s’apprêtait à faire encore de grandes choses, lorsque, par un immense malheur, il fut assassiné. Un jour qu’il sortait du Louvre pour aller voir son ami Sully, son carrosse fut arrêté par un embarras de voitures. Un fanatique, Ravaillac, qui avait depuis longtemps le dessein de le tuer, l’avait suivi. Assassinat de Henri IV par Ravaillac - Gustave Housez - Château de PauIl monta sur une borne et, avec un grand couteau qu’il avait affilé lui-même, il frappa le roi au cœur.

Ravaillac fut condamné à être écartelé. Et le peuple de Paris, se mettant à la place des chevaux, tira lui-même les cordes qui rompirent les membres de l’assassin. Son corps fut ensuite brûlé, et les cendres jetées au vent.

 

 

 

Henri IV Roi de France